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Patrick CLERVOY
Interview
de Patrick Clervoy Comment avez-vous réfléchi l’élaboration
de votre ouvrage et le choix de vos auteurs : aviez-vous des critères
précis quant-à leur niveau d’engagement ou étiez-vous simplement favorable à
une véritable «disputatio», comme le
souhaite Maurice Corcos et Alexandra Pham-Scottez ? C’est un
peu les deux… Cet ouvrage a le privilège d’ouvrir une collection pour laquelle Maurice
Corcos avait choisi le nom de « Polémiques ». Il fallait proposer un
travail qui sorte des sentiers battus et qui apporte une matière à discussion.
Il voulait quelque chose de vivant, et quoi de plus vivant que le récit d’une expérience
suivi d’un commentaire… Or, peu avant d’avoir été sollicité pour proposer ce
projet de livre, j’avais eu l’occasion d’organiser une rencontre entre des
psychiatres et des psychologues d’horizons éloignés où chacun avait pu
présenter devant ses collègues son expérience et sa façon de travailler. J’avais eu
l’occasion les années précédentes de les rencontrer sur le terrain et j’avais
apprécié les courts échanges que nous avions pu avoir entre deux débriefings. Ce
colloque était l’occasion de nous découvrir mutuellement. L’idée est ensuite
venue de réunir plusieurs témoignages choisis en raison de la diversité
d’orientations des auteurs et de la diversité des évènements –ordinaires ou
exceptionnels - sur lesquels ils étaient intervenus. Maurice Corcos m’a fait
confiance et l’esprit de « disputatio »
s’est finalement plus montré après coup qu’il n’a été voulu d’emblée. Dans son témoignage, le médecin
major Gwion Loarer, ressent le besoin d’être accompagné à son tour, après les
épreuves qu’il a subit à bord de la frégate La
Motte-Picquet, de la marine nationale. On perçoit cette impression
lorsqu’il recueille les confessions des membres de l’équipage en état de choc: «Plus le temps passait, plus l’accumulation
des entretiens et l’impossibilité de me confier à un tiers devenait pesante.»
(p.178). Pensez-vous qu’il serait-utile d’instaurer la possibilité d’un suivi
psychologique pour le professionnel de la santé ? Le témoignage
de Gwion Loarer a été ajouté dans des circonstances particulières. A l’origine
il n’était pas programmé pour figurer dans cet ouvrage… Quelques années
auparavant, il avait pu suivre une formation qui le préparait à son métier de
médecin sur un bateau de guerre. Dans cette formation figurait un enseignement
que je dirigeais sur le soutien psychologique d’un équipage confronté à un
événement grave. Gwion Loarer s’en est souvenu, et confronté à l’événement dont
il nous livre le récit, totalement seul pour assurer le soutien psychologique
de son équipage, il avait adopté une technique improvisée pour protéger
son équilibre psychique : enregistrer en direct sur un magnétophone portable la
description de qu’il faisait et ressentait de minute et minute. Dans son esprit
cet enregistrement m’était destiné, mais il ne m’en a pas parlé tout de suite,
seulement quelques mois plus tard. A ce moment le projet de livre était déjà
bien avancé. Mais j’ai trouvé ce témoignage d’une telle qualité, à restituer
aussi précisément son expérience, qu’il m’est apparu évident qu’il avait sa
place dans ce livre. Le constat
est que chacun de ceux qui assurent un soutien psychologique, surtout dans des
conditions improvisées comme ici, a besoin de s’appuyer sur d’autres personnes.
Il lui faut partager son expérience, construire le récit de ce qui a été vécu
et accompli, pour produire le travail mental nécessaire à la restauration de
son équilibre psychique. C’est ce dont chacun témoigne dans ce livre. Comment faites-vous face à
l’instantané (ou situations d’urgence) ? Que conseillez-vous au praticien qui y
sera confronté ? Ma recommandation
est que, dès que possible, ce praticien ait la capacité de s’appuyer sur des
personnes, psychologues ou psychiatres, qui puissent l’accompagner dans son
travail, soit physiquement (comme dans les cellules médico-psychologiques),
soit par téléphone ou par courrier électronique. L’état d’esprit de ce livre est
de présenter un travail « en réseau ». Nous ne pouvons faire ce que
chacun décrit ici que parce que l’on se reconnaît comme faisant partie d’une
communauté, ce qui fait en même temps notre motivation et notre capacité à
tenir. Pourriez-vous donner deux ou trois
exemples de débats, de questions, que vous aimeriez que ce livre suscite au
sein des lecteurs (praticiens ou non) ? -Un premier
débat sur les limites de ce type de travail : jusqu’où faut-il
s’impliquer ? A quel moment
intervenir et à quel moment savoir « passer la main » et
partir ? -Un
deuxième débat sur les méthodes, entre « chacun sa recette » au
risque de diviser notre communauté de psychothérapeute déjà facilement capturée
par des orientations théoriques opposées, et « tous astreints à un
protocole unique » qui stériliserait notre travail. -Enfin peut-être
un débat plus sensible sur les dérives politiques et médiatiques qui peuvent
être faites du travail des PSY en
intervention. Propos recueillis par Emmanuelle Lionnet et Marie Verney Nous vous conseillons également
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